Mother #2: Nurture as mania II · Coddess Variations
Coddess Variations
Conçu par l'artiste Hermine Bourdin, Coddess Variations (2024-2025) se déploie à la croisée de la sculpture tangible, de la performance cinétique et de l'architecture numérique décentralisée. Développé en partenariat avec l'Opéra national de Paris, ce projet établit un nouveau cadre pour l'archivage du mouvement éphémère. Il marque la première fois qu'une chorégraphie issue d'une institution culturelle d'État est inscrite sous la forme d'une collection d'éditions sur la blockchain Ethereum.
L'œuvre articule une dialectique entre deux états sculpturaux distincts. Lors d'une résidence dans les ateliers du Palais Garnier, Bourdin a construit un monolithe en plâtre de deux mètres, dont la morphologie fait référence aux figures de fertilité paléolithiques. Cet ancrage historique et statique est activé par son pendant cinétique — une « sculpture vivante » incarnée par Eugénie Drion, danseuse du Ballet de l'Opéra national de Paris.
Laban Notations: CAMILLE CHAIGNE
Hervé Martin Delpierre, (image tirée de) Coddess Variations trailer
Un aspect fondamental de cette activation réside dans la captation cinématographique réalisée par le réalisateur Hervé Martin Delpierre, dont l'imagerie sert de base visuelle aux œuvres numériques de la collection. Coïncidant avec le centenaire du mouvement, cette méthodologie rend formellement hommage au Surréalisme, utilisant ses techniques de juxtaposition pour brouiller les frontières entre présence physique et espace virtuel.
La performance d'Eugénie Drion est guidée par un système chorégraphique génératif développé par le duo d'artistes Operator. Leur partition interprète structurellement les cycles mythologiques de la « Triple Déesse » (jeune fille, mère, aïeule) tout en introduisant la notion de repos, perturbant ainsi la temporalité linéaire.
En équipant la danseuse d'une technologie de capture de mouvement (motion-capture), l'effort physique du corps se traduit en vecteurs numériques lumineux, dématérialisant de fait la chair en code. Cette traduction numérique est délibérément contrebalancée par l'inclusion de la notation Laban, situant les algorithmes génératifs dans la lignée historique de la préservation de la danse classique. Composée de 100 artefacts numériques distincts, la collection interroge la nature de la propriété face à la performance immatérielle.
Les frontières spatiales et temporelles du projet sont encore repoussées par la sortie indépendante du film de Delpierre, Under the Moon, porté par une partition atmosphérique interprétée par Christine Ott aux Ondes Martenot. À travers cette superposition de méthodologies, Coddess Variations examine la tension constante entre les formes primordiales et les structures computationnelles du XXIe siècle.
Mother 2: Nurture as mania IV · Coddess Variations
Maiden 3: Sculpture flirt III · Coddess Variations
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COLLECTION DIGITALE
Explorez les 100 Variations
À la croisée de la sculpture, de la chorégraphie et de la technologie, la performance en direct au Palais Garnier a été immortalisée à travers 100 artefacts numériques uniques. Plongez dans l'archive interactive pour explorer les modèles 3D et les notations du mouvement Laban qui leur sont associées.
EXPLORER L'ARCHIVES'ouvre dans un nouvel onglet
Projection de Under the Moon à l'église Saint Elizabeth, Berlin et au musée Brunel, Londres
Musée Brunel, Londres · Produit par Kiritosu Studio
Musée Brunel, Londres · Produit par Kiritosu Studio
Église Sainte-Élisabeth, Berlin · Produit par Kiritosu Studio
4 juin · écrit par nina knaack
La résonance poétique du cinéma sculptural
Dans le film Under The Moon d'Hervé Martin Delpierre, la sculpture et la narration cinématographique s'entremêlent pour explorer les thèmes intemporels de la féminité, de la mythologie et de l'existence humaine — avec une insistance toute particulière sur la présence symbolique de la lune.
Plutôt que de simplement documenter une œuvre d'art, le film explore des questions anthropologiques et philosophiques plus profondes, invitant les spectateurs à un dialogue réflexif sur leur identité, leur transformation (personnelle) et la nature cyclique de la vie.
La genèse
Né de la résidence d'Hermine Bourdin au sein de l'historique Opéra de Paris, le projet Coddess Variations a débuté par une forme sculpturale imprégnée d'archétypes anciens.
Bourdin a créé une sculpture en plâtre de deux mètres qui fait écho à l'idée de « matière de rêves » de Constantin Brancusi (une interprétation de sa philosophie et de son approche de la sculpture, l'artiste estimant qu'un matériau choisi possédait un esprit et une vérité intrinsèques), conçue comme un hommage à l'imagerie primordiale des déesses préhistoriques et des figures de Vénus.
Puisant son inspiration dans le symbolisme antique, la sculpture a émergé comme une manifestation physique des mythes de la création : une invocation de ces récits bruts et originels qui ont défini la mystique féminine à travers les millénaires et qui fascinent Bourdin.
Après ce premier processus d'itération, Bourdin — en collaboration avec les équipes des ateliers de l'Opéra de Paris — a créé un costume pour qu'une danseuse puisse incarner la sculpture vivante d'une déesse. Ainsi, le médium original s'est transformé en une performance dynamique, activant et contextualisant l'œuvre comme une allégorie de la force et de la sensibilité féminines.
Maiden #3: Sculpture Flirt V · Coddess Variations
Hermine Bourdin
Le parcours artistique d'Hermine Bourdin est profondément ancré dans l'ancien et le tactile. Sculptrice inspirée par les ères paléolithique et néolithique, son travail embrasse une grande variété de médiums : de l'argile, la pierre et le bronze jusqu'aux formes numériques.
Pour Bourdin, l'acte de sculpter est indissociable du récit de la forme humaine. Son défi délibéré aux standards de beauté contemporains — rejetant l'idéal restrictif de la minceur au profit d'une célébration de formes diverses, voluptueuses ou robustes — positionne son travail comme un contrepoint à l'homogénéisation moderne.
De la sculpture au film
Coddess Variations a d'abord été imaginé par Bourdin comme une série photographique documentant la sculpture sous diverses formes. Le projet a évolué lorsque Delpierre a reconnu le potentiel d'une expression plus riche et plus dynamique à travers le film.
Son approche a transformé l'œuvre numérique statique en une narration fluide, explorant la complexité de la féminité — et du corps humain en général — à travers des mouvements chorégraphiés.
Hervé Martin Delpierre
La réalisation de Delpierre, caractérisée par l'introspection et l'observation poétique, s'est avérée parfaite pour traduire la sculpture de Bourdin en mouvement. Connu pour ses documentaires sur des icônes culturelles comme Daft Punk ou sur la collection numérique (et la communauté) des Cryptopunks, le style cinématographique de Delpierre dans Coddess Variations a glissé vers une fiction narrative profondément empreinte de symbolisme.
Delpierre souligne l'autonomie artistique du projet, mettant en avant son intention d'explorer des thèmes existentiels sans contraintes commerciales.
Crone #3: The Pond VI · Coddess Variations
La danse comme expression existentielle
Une sculpture vivante, incarnée par la danseuse de l'Opéra Eugénie Drion, agit comme le pendant dynamique de la statue en plâtre, illustrant la transformation inhérente à l'œuvre telle que voulue par Bourdin. Utilisant uniquement un objectif grand angle, Delpierre a capté les mouvements amples de la danseuse.
Ce choix a permis à la caméra de saisir non seulement l'incarnation physique de la sculpture, mais aussi la profondeur émotionnelle de la danse elle-même, dépeignant ainsi les complexités de la féminité.
La chorégraphie, développée par Ania Catherine (Operator), a été structurée en neuf vignettes de mouvement pour représenter les trois archétypes de la Déesse : la Jeune Fille, la Mère et l'Aïeule. Rejetant la linéarité de ces phases et leurs liens supposés avec l'âge, un algorithme a déterminé l'ordre final dans lequel elles ont été performées — et donc filmées.
La blockchain comme archive du mouvement
L'imagerie tournée par Delpierre a servi de base aux œuvres de la collection d'art numérique Coddess Variations — qui se compose d'une série de pièces visuelles, accompagnées de leur chorégraphie correspondante. Les œuvres d'art utilisent divers médiums incluant la sculpture, la danse, la vidéo, la capture de mouvement et la notation Laban*.
Au cœur de cette collection se trouve la « Méthode de Chorégraphie Générative On-Chain d'Operator », transformant la nature éphémère de la danse en un enregistrement numérique pérenne grâce à l'intégration de contrats intelligents (smart contracts) et d'une bibliothèque de mouvements détaillée.
Ainsi, chaque geste d'expression artistique est devenu une inscription numérique durable sur la blockchain Ethereum.
* La notation Laban, également connue sous le nom de Cinétographie Laban, est une méthode d'enregistrement et d'analyse du mouvement humain, créée dans les années 1920 par le chorégraphe et théoricien de la danse hongrois Rudolf Laban.
Maiden #1: Duet With Sephyr VIII · Coddess Variations
Éloge de la lenteur
Pour Coddess Variations, Delpierre a prêté son langage cinématographique si particulier, marqué par une profonde révérence pour l'art de la lenteur — un rythme délibéré et contemplatif qui permet aux subtilités de l'expression humaine de se déployer.
Dans le film, Delpierre ne se contente pas de visualiser les mouvements de la danseuse, il capte aussi la poésie silencieuse qui émerge entre l'immobilité et le mouvement.
Son approche cinématographique révèle ici une dynamique nuancée entre mouvement et émotion, invitant le spectateur à faire une pause et à réfléchir sur ce qu'il nomme « la beauté éphémère de la vie ».
Fuyant les montages rapides et la dramatisation excessive, l'imagerie en noir et blanc fait écho à l'esthétique atmosphérique des débuts du surréalisme français, et tout particulièrement au Sang d'un Poète de Jean Cocteau, qui fut une référence majeure pour Bourdin.
Bourdin a travaillé en étroite collaboration avec l'équipe de maquillage de l'Opéra de Paris pour donner l'impression que la danseuse était sculptée dans le plâtre.
Une statue vivante inspirée par l'imagerie de Cocteau et, dès le début de son processus créatif, influencée par le vocabulaire brut et surréel du Butō.
Bien qu'elle n'ait jamais été explicitement chorégraphiée dans cette tradition, c'est bien son ethos qui en a dicté le ton visuel : une chorégraphie aux mouvements contrôlés, quasi hypnotiques, qui vient brouiller la frontière entre la sculpture et le corps.
Ce choix esthétique confère au film une résonance anthropologique, soulevant des questions d'identité, d'incarnation et de transformation — particulièrement pertinentes dans notre contexte contemporain, marqué par une évolution technologique fulgurante et une grande complexité émotionnelle.
La lune
Dans Coddess Variations, la lune agit à la fois comme observatrice et comme participante active, symbolisant la cyclicité, la transformation et le renouveau.
Historiquement, la lune a longtemps été associée à la féminité, influençant les rites de fertilité, les mythologies et les représentations artistiques à travers de multiples cultures.
Au sein du film, sa présence renforce les thèmes de métamorphose constante, agissant comme un miroir face aux formes mouvantes et aux états émotionnels de la sculpture animée.
D'un point de vue anthropologique, le cycle lunaire incarne des schémas universels qui façonnent l'expérience humaine de la vie, de la mort et de la renaissance. Ce cadre symbolique souligne l'intention philosophique de Coddess Variations, invitant à une réflexion sur la nature cyclique de l'existence et sur la résonance que les humains entretiennent avec les rythmes célestes.
Déesse
Dans le titre, « Coddess » est un jeu de mots délibéré et évocateur : une fusion entre « code » et « déesse » (goddess).
Il encapsule la double identité du projet, unissant l'archétype intemporel du féminin divin aux nouvelles technologies numériques actuelles.
Le titre fait ainsi presque office de manifeste. Il proclame que l'essence même de la déesse — son mystère, sa force et son attrait perpétuel — est ici célébrée à travers l'expression humaine, tout en étant simultanément inscrite dans le code :{Composée par la chorégraphie, encodée dans la logique algorithmique, inscrite via la notation Laban, et finalement archivée sur la blockchain}.
Convergence
Coddess Variations est le fruit des possibilités fertiles qui émergent lorsque les disciplines artistiques s'entrecroisent. C'est un projet qui redéfinit la portée de la sculpture, de la danse, de l'art numérique et du cinéma, tout en maintenant un dialogue vital avec les langages visuels et mythologiques du passé.
Bien plus qu'une simple documentation de performance, l'œuvre fonctionne comme une sorte d'essai en mouvement — une réflexion ouverte sur l'art en tant que forme vivante.
Elle met le spectateur au défi de regarder sous la surface pour y percevoir les confluences qu'elle fait naître : la solidité intemporelle de la pierre face à la fluidité dynamique du geste ; l'archaïque face à l'algorithmique ; le poétique face au programmé.
Ce faisant, elle offre une allégorie contemplative des processus cycliques de la vie — sur terre et en soi — où le symbolisme ancien n'est pas seulement préservé, mais véritablement réanimé par des moyens contemporains.
crédits
27 juin 2026 · écrit par Louis Jebb
Quand la sculpture rencontre l'art numérique sous la lune
Crédit : Hervé Martin Delpierre, (Image tirée de) Under the Moon (2025). D'après une idée originale d'Hermine Bourdin. Sculpture et costume par Hermine Bourdin. Avec l'aimable autorisation d'Hervé Martin Delpierre et de Kiritosu Studio.
Hermine Bourdin et Hervé Martin Delpierre discutent de leur collaboration cinématographique avec l'Opéra national de Paris
Louis Jebb
Mentionnés dans cet article
Personnes : Hermine Bourdin, Hervé Martin-Delpierre, Ania Catherine, Christine Ott, Eugénie Drion, Jean Cocteau, Jean-Michel Pailhon, Louis Jebb, Peter Lindbergh | Œuvres : Coddess Variations, Under the Moon, Daft Punk Unchained, Le Sang d'un Poète, Universal Venuses, +24 autres
En 2024, la sculptrice Hermine Bourdin a invité le réalisateur et producteur Hervé Martin Delpierre, créateur des documentaires Daft Punk Unchained (2015) et What the Punk! (2024), à réaliser un film pour Coddess Variations, une collection d'art physique et numérique sur laquelle elle travaillait dans le cadre d'une résidence avec les départements de sculpture et de costumes de l'Opéra national de Paris.
Pour Coddess Variations, Eugénie Drion, danseuse du Ballet de l'Opéra de Paris, a interprété une chorégraphie d'Ania Catherine (du duo Operator) dans le magnifique et fastueux Foyer de la Danse du Palais Garnier, incarnant une déesse paléolithique qui danse comme un « miroir vivant » face à la sculpture d'une autre « Vénus », réalisée par Bourdin dans les ateliers de l'Opéra.
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